Colloque organicée par l'Ecole Pratique des Hautes
Etudes, Sorbonne, Paris, France.
A l’occasion du450ème anniversaire de la mort de
Michel Servet, un Colloque scientifique et commémoratif
s’est tenu du 11 au 13 décembre 2003 à la
Sorbonne (Paris) sous le titre de « Michel Servet (1511-1553),
Hérésie et pluralisme XVIe-XXIe siècles.
»
Sous la responsabilité scientifique de Bernard Roussel
et Valentine Zuber, enseignants chercheurs à l’Ecole
Pratique des Hautes Etudes (EPHE), ce colloque a reçu le
soutien du Centre d’études des religions du Livre
et le Groupe de sociologie des religions et de la laïcité
(2 laboratoires de recherches de l’EPHE associés
au Centre National de la Recherche scientifique).
Cette rencontre scientifique internationale se proposait d’approfondir
le débat contemporain sur la gestion du pluralisme religieux
au cours de l’histoire occidentale. Deux axes de réflexion
ont été privilégiés. Dans un premier
temps, il s’agissait de faire l’inventaire des études
académiques consacrées à Michel Servet et
le milieu dans lequel il a étudié et travaillé
d’un point de vue historique et historiographique. Ce qui
a conduit dans un deuxième temps, à s’interroger
sur l’évolution des rapports entretenus entre orthodoxie
et hétérodoxie religieuses dans l’histoire
moderne et contemporaine du christianisme occidental. La question
récente de la levée des anathèmes religieux
prononcés jadis a été également posée.
En effet, la gestion de leur mémoire historique par les
différentes églises chrétiennes est un enjeu
majeur dans le contexte contemporain de pluralisme religieux mondialisé.
Ce colloque scientifique a rassemblé des historiens, des
philosophes, des théologiens, des juristes et des sociologues
de plusieurs pays européens….
La manifestation a débuté le jeudi 11 décembre
au soir, par une conférence inaugurale donnée à
la Société de l’Histoire du protestantisme
français par l’essayiste suisse M. Etienne Barilier
sur le thème « Castellion, ancêtre de la tolérance
religieuse ?
Le lendemain, le vendredi 12 décembre, après un
accueil chaleureux prodigué aux participants venus nombreux
par Mme Marie-Françoise Courel, Présidente de l’EPHE,
les travaux scientifiques se sont poursuivis.
Mme le professeur Marianne Carbonnier-Burkard, de l’Institut
Protestant de Théologie de Paris a tout d’abord rappelé
dans un exposé très clair l’histoire des 3
procès de Michel Servet en 1553. Puis M. le professeur
Bernard Roussel, de l’EPHE, a fait le point sur Michel Servet
et son utilisation de la Bible dans ses essais théologiques.
Mme Rolande-Michelle Benin, spécialiste de littérature
grecque et latine est venue témoigner de son travail de
traduction en français du premier traité théologique
de Michel Servet De Trinitatis Erroribus. Cette traduction va
être très prochainement publiée aux éditions
Honoré Champion.
M. Philippe Büttgen, chercheur à la Mission Historique
Française de Göttingen en Allemagne a évoqué
les difficiles rapports de Michel Servet et de l’adjoint
de Martin Luther, Philip Melanchthon. Mme le professeur Irena
Backus, de l’Institut d’Histoire de la Réformation
à Genève, a montré l’utilisation des
Pères de l’Eglise anté-nicéens par
Michel Servet dans ses théories théologico-médicales.
M. le professeur Jean Dupèbe de l’Université
de Nanterre, a rappelé un épisode méconnu
de la vie et des premiers démêlés avec la
justice de Michel Servet lors de son séjour à Paris.
Mme le professeur Valentine Zuber, de l’EPHE, a fait le
point sur l’histoire comparée des 3 commémorations
de la mort de Michel Servet, en 1903, 1953 et 2003. Le vendredi
soir s’est tenue une conférence magistrale présentée
par un éminent théologien de Lausanne, M. le professeur
Pierre Gisel, sur cette question volontairement un peu provocante
« Peut-on encore être trinitaire au XXIe siècle?
Le lendemain, samedi 13 décembre, les exposés scientifiques
se sont à nouveau succédés. Mme le professeur
Luisa Simonutti du CNR de Milan a brossé le tableau historique
de la postérité de Michel Servet dans les milieux
antitrinitariens du XVIIe et XVIIIe siècles. Puis M. le
professeur Neal Blough, delaFaculté Libre de Théologie
Evangélique Libre, a évoqué l’évolution
des rapports entre les christianismes « officiels »
et les anabaptistes, qui sont passés progressivement de
la condamnation à une véritable reconnaissance à
la fin du XXe siècle. Cet exposé a été
complété par M. le professeur Laurent Mayali, de
l’EPHE, qui a traité des excommunications injustes
et des remises en cause actuelle de ces condamnations du passé
d’un point de vue juridique.
En conclusion de tous ces travaux érudits, M. le professeur
Jean-Paul Willaime, de l’EPHE, a finalement brossé
une vaste fresque historique et sociologique sur le problème
toujours actuel de l’hérésie dans nos sociétés
théoriquement pluralisme de l'Europe du XXIe siècle.
Le colloque a tenu ses promesses, à la fois du point de
vue scientifique et humain. Les organisateurs se sont en effet
félicités de voir qu’il était possible
de réfléchir à la fois scientifiquement et
sereinement sur le problème toujours actuel et douloureux
de la quête jamais terminée de plus de tolérance
religieuse dans nos sociétés contemporaines théoriquement
sécularisées. Les actes de ce colloque seront prochainement
édités par la maison Honoré Champion.