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Les choix de La Croix. La Bible méconnue de Sébastien Castellion

PRÉSENCE PROTESTANTE. Dimanche, 10 heures, sur France 2.
MIGLIORINI Robert
La Croix , 18 marzo 2006

Genève, collège de Rive. Interrogés sur l'identité d'un dénommé Sébastien Castellion, les élèves d'aujourd'hui avouent leur ignorance. C'est pourtant cet humaniste du XVIe siècle (1515-1563), né dans le Bugey, converti à la Réforme à Lyon, qui fut le premier responsable du lieu, à l'appel de Calvin. Le nom de Castellion n'a laissé que des traces infimes à Genève. Menant une rapide enquête, le réalisateur Abraham Segal accumule quelques indices : ici une voie privée, qui se termine en impasse, dont une plaque mentionne le parcours de Castellion. Ou encore cette église perdue dans la neige, dans laquelle Castellion espérait devenir pasteur. Et enfin, ou presque, un buste, depuis toujours silencieux.

La mémoire de Castellion n'a pas résisté aux relations peu à peu tendues entre Calvin et son admirateur, fils de paysans devenu érudit. Réfugié à Lausanne puis Bâle, Castellion y vécut en traduisant les auteurs antiques et la Bible. Sans jamais renoncer désormais à se mesurer par libelles interposés à Calvin. Au siècle dernier, l'écrivain Stefan Zweig avait évoqué ce destin méconnu en considérant Castellion comme l'un des philosophes de la tolérance. En 1553, Castellion s'était bien opposé à la condamnation à mort, par le grand conseil de la ville de Genève, du médecin et théologien Michel Servet. Sa conviction a traversé les persécutions : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. »

Deux ans après ce drame, Castellion publiait, à Bâle, une nouvelle traduction en français de la Bible. « Une météorite dans l'histoire du XVIe siècle. Et, cependant, il est le premier à se confronter aux difficultés de sens posées par la Bible. Il touche également au Canon et provoque un scandale » rappelle Pierre Gibert, exégète. Le temps des pionniers de la prose en langue française s'ouvre alors. Avec le poète Jacques Roubaud et l'universitaire Marie-Christine Gomez-Géraud, Pierre Gibert est un des artisans de la réédition en 2005 de la Bible « nouvellement translatée » (aux éditions Bayard). Avec grand succès pour un ouvrage de ce type. Il ne subsistait, dans le monde, que 21 exemplaires de cette traduction. Le documentaire de Présence protestante donne la parole aux maîtres d'oeuvre de cette réédition, 450 ans plus tard.

L'intérêt principal de ce plaidoyer pour Castellion est de permettre de découvrir la puissance du verbe du texte, originellement destiné aux « idiots », aux ignorants du latin et grec. L'accès au texte n'est pas toujours facile. Le comédien Didier Sandre fait goûter, notamment, le récit de la Genèse. La passion de l'artiste permet d'adoucir le ton, austère, de l'ensemble.

 

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